Comment la reconnaître
La scrupulosité n'est pas le contraire de la légèreté. C'est autre chose : la conscience donne l'alarme là où il n'y a pas de danger, et ne s'arrête pas quand l'alarme a été vérifiée.
Trois signes la distinguent assez sûrement d'une conscience simplement délicate :
La question revient. Elle a déjà été posée, tranchée, confessée. Et deux jours plus tard, elle est de nouveau là, identique.
La réponse ne tient pas. Un prêtre a dit clairement que ce n'était pas un péché grave. Le soulagement dure peu, puis vient le soupçon qu'il n'avait pas bien compris le cas.
Le regard se rétrécit. On s'occupe pendant des jours d'un détail, tandis que les grandes questions, comme la manière dont on traite sa propre famille, n'apparaissent pas du tout.
La règle de l'obéissance
La tradition a une réponse à cela, et elle est volontairement dure : celui qui est scrupuleux ne juge pas par lui-même.
Concrètement, cela signifie qu'on choisit un confesseur, qu'on lui dit qu'on est scrupuleux, et qu'ensuite on suit son avis, même quand sa propre conscience proteste. S'il dit que ce n'était pas un péché grave, alors ce n'en était pas un, et l'affaire est close.
Cela sonne comme un renoncement à la responsabilité, mais ce n'en est pas un. La conscience scrupuleuse n'est pas un juge fiable d'elle-même, exactement comme celui qui a de la fièvre n'est pas un juge fiable de sa propre température. On s'appuie sur un instrument extérieur.
Ignace parle de l'intérieur
Ignace ne traite pas les scrupules en théoricien. À Manrèse, il fut à ce point tourmenté par l'idée de n'avoir pas tout confessé que, selon sa propre autobiographie, il fut tenté de se jeter par une grande ouverture de sa chambre.
Il en est sorti, et ses notes (Ex 345 à 351) portent la marque de l'expérience. Il distingue le scrupule qui affine l'âme pendant un temps de celui qui la bloque. Et il donne une règle qui vaut toujours : celui qui est dedans doit aller en sens contraire de ce que le scrupule exige. Si le scrupule dit qu'il faut se confesser de nouveau, on ne se confesse pas. S'il dit qu'il faut répéter la prière, on ne répète pas.
Quand une autre aide est nécessaire
Il existe une limite au-delà de laquelle l'accompagnement spirituel ne suffit plus. Quand les vérifications occupent des heures, quand apparaissent des rituels qui doivent être exécutés exactement, quand la pensée est compulsive et que la personne elle-même la reconnaît comme absurde sans parvenir à l'arrêter, il s'agit de la forme religieuse d'un trouble obsessionnel compulsif.
Ce n'est pas un défaut de foi et cela ne se résout pas en priant davantage. Cela se soigne, et entre-temps l'accompagnement spirituel reste utile. Si des pensées sombres apparaissent, le 3114 répond en France 24 heures sur 24. Le dire ouvertement est l'étape qu'on repousse le plus longtemps.
L'examen de conscience sous une forme sûre
Pour qui tend à la scrupulosité, l'examen quotidien doit rester serré : un temps fixe, bref, qu'on ne prolonge pas. L'action de grâce au début et non à la fin, sans quoi on n'y arrive jamais. Une seule résolution, pas une liste. Et aucun retour sur les jours déjà clos.
Lumen suit cette structure : cinq étapes dans un ordre fixe, une seule résolution, et un journal qui reste chiffré sur l'appareil. Qui veut relire son chemin voit une évolution dans la durée, non une liste de fautes.